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Entrevue avec Madame Rhéa Paquet (1930)

En 1930, lors de notre retour à Saint-Thomas-Didyme, après avoir passé quelques années aux États-Unis où sont nés 4 enfants : Aurore, Joseph, Richard, et moi-même : mes parents se sont installés dans le rang 10 canton Girard sur une terre à coloniser.

Il y avait déjà quelques colons installés. Dans ces années là, on se voisinait beaucoup et on savait s'amuser ; on avait Adjutor Ménard qui jouait du violon, son frère Adélard de la guitare et sa belle soeur Germaine Ouellet (Mme Wilfrid Gauthier) maniait l'accordéon. Quand il y avait une noce, tout le monde était invité et on chantait, on fêtait, on dansait.

Le monde n'était pas riche et on s'entraidait. Je me souviens que lorsqu'un colon faisait boucherie, il allait porter un morceau de viande chez les voisins les plus proches. Aussi quand il y avait quelqu'un de malade, ma mère s'empressait d'aller trouver la famille et passait le temps voulu pour sa guérison.

 

 

 

 

 
 
Lucianna Allard
 

Il y avait le fameux marché de bluets. Les prix n'étaient pas réguliers comme aujourd'hui. On se levait un bon matin, le marché était à $0. 25 la boîte de 22 livres et le lendemain, le prix était plus élevé. On se faisait jouer des tours avec ce marché.

On récoltait nos légumes, on faisait notre beurre, le pain et on utilisait les sacs de farine et de sucre pour en faire des vêtements (jupon, taies d'oreiller, culottes pour dames, des nappes qu'on brodait). La priorité allait aux poches de sucre, car, elles étaient plus résistantes.

Nous, la famille Paquet, étions chanceux, papa travaillait comme ouvrier: maman et. Les enfants s'occupaient de la terre et des animaux. Tant qu'à la chasse, on tendait des collets à lièvres et on les vendait par pochetées aux marchands de Normandin pour se faire quelques sous. Aussi, il y avait la perdrix blanche, on la gardait pour nous autres, car, on l'appelait la "manne du bon Dieu". Le printemps, on pêchait la truite dans les ruisseaux. Il y avait des gens plus pauvres que nous, ils mangeaient du siffleux apprêté avec du lard salé qu'on faisait à la maison. Je termine en disant : "Aide-toi et le ciel t'aidera". La Providence a toujours été à notre secours et que Dieu en soit loué.


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