Récit raconté parM. Jean-Paul Darveau
en 1971

Notre manière de vivre a bien changé depuis les débuts de St-Thomas-Didyme. Nous y sommes arrivés au printemps 1929, j'étais âgé de 9ans. Nous vivions surtout des produits de la ferme ; on récoltait nos patates et légumes. En novembre ou au début de décembre, on faisait boucherie : Bœuf et porc, qu'on faisait geler pour la réserve d'hiver. Des confitures, il y en avait : bleuets, framboises, fraises.

Parlant de chantiers forestiers: ma première expérience fut à l'automne 1937 sur le chemin de Chibougamau pour faire de la slache. On avait un abri portatif, on plaçait des branches sur la terre pour se coucher. Nous n'avions pas de sac de couchage, simplement des couvertures en laine grise. Je mettais mes raquettes le matin et je les avais toute la journée ; nous avions un petit lunch pour dîner. On faisait un bout de chemin, on changeait de place avec l'abri portatif et tout le bagage.

 

 

 

 

 

 

Camp forestier

Ensuite, j'ai été au chantier au lac à Jim pour Albert Darveau (Pitre). On travaillait à l'heure, 50 à 60 heures par semaine. Notre camp d'environ 20 par 30 pi. , on couchait sur des "beds à bœuf" (lits ). C' était des tablettes à 18 pouces de terre par 30 pieds de longueur ; soit:2 rangées une au-dessus de l'autre, on mettait des branches de sapin et un peu de foin, on se couchait tous cordés les uns contre les autres. Si la vermine prenait, imaginez que les poux rentraient. Nous avions une couverture de laine grise, car, on ne chauffait pas la truie (Poële) durant la nuit. La cuisine n'était pas loin de nos beds, l'espace était restreint. On faisait le bois de chauffage à chaque soir et à chacun son tour. On montait l'automne pour l'hiver; parfois, on avait une passe pour Noël et le Jour de l'An.

Le bois était bûché au sciotte, des billots cordés le long d'un chemin. Deux chartiers pour charger les billots à bras ; le bois était plus gros qu'aujourd'hui (12 pi. de longueur et 7 po . au plus petit bout). Je me souviens d'une talle d'épinette blanche de 22 po . de diamètre, on avait chargé ça à 2 hommes, on les roulait et les montait sur des ranches, pour les déposer sur les sleighs.

En 1949-50, j'ai eu un moulin portatif dans la forêt ; on sciait du 12 pi. de longueur, on faisait brûler les croûtes, j'ai fait cela jusqu'en 1959. Je me souviens qu'en 1953 dans la forêt mon moulin portatif avait brûlé. J'étais au village, il y en a un qui m'appelle du dépôt à Murdock et il me dit : "je n'ai pas qu'une petite nouvelle à t'apprendre, ton moulin est brûlé".

Après, j'ai appelé chez Arthur Trottier à Dolbeau et lui ai demandé s'il avait un moulin portatif prêt à opérer ?, Oui, dit-il. Garde-moi le, je vais le chercher demain. C'était en Mars, ça pressait à cause du dégel du printemps. J'arrive en haut (camp), les gars me regardent tous, la face blême. car, j'avais un moteur neuf de $4000. 00 qui venait de brûler ; je n'avais pas d'assurance dessus. On se couche, je me suis endormi, le foreman le lendemain matin me regarde et dit : C'est vrai que tu n'es pas nerveux, moi. je n'ai pas dormi de la nuit à cause de cela et toi tu ronflais comme un bon". Le vendredi, nous étions prêts à continuer à scier.

 

Le moulin des Produits Forestiers M. P.en 1965

En 1959, avec le changement du système domanial, j'ai pu avoir une garantie de coupe de 15, 000, 000 pi par année ; j'ai formé une compagnie avec une de mes filles et un neveu Maurice Darveau.

Pour terminer, je voudrais dire que ce n'est pas avec mon instruction que je suis parvenu à cela ; mais, avec mon courage, ma ténacité et l'amour du travail. J'ai connu ce que c'était de travailler avec un sciotte, une scie mécanique, un camion, l'avion, j'ai tout appris par moi-même en travaillant sur n'importe quelle machine.