Entrevue avec Mme Aurore Roy
(Mme Hector Sénéchal)

Arrivés en juillet 1937. Nous restions à Normandin. Mon mari était boulanger et sa santé l'obligea de cesser ce travail qui lui était néfaste. Comme il était fils de cultivateur, il vint s'installer sur un lot à Dumais, voisin de Fortunat Garneau.

Comme industrie à St-Thomas, il n'y avait à ma connaissance que les moulins d'Adélard Perreault et Laurendeau. Nous avions deux magasins: Georges Sasseville et Georges Desjardins. Aucun restaurant, encore moins de salle de danse ; les veillées se faisaient dans les maisons privées. Les chemins sur la terre, qui, au printemps devenaient impraticables; on faisait des bouts en voiture attelée d'un cheval et d'autres bouts à pied, car le cheval avait peine et misère à passer les panses de bœuf comme on disait (c'étaient des gros trous de boue). Les chantiers en forêt :le mari partait à la fin d'octobre pour parfois ne revenir qu'au printemps (environ 5 à 6 mois) ; la femme restait à la maison et avait soin de la maison et des animaux à l'étable.

 

 

 

 

 
Mme. Aurore Roy
 

C'est vrai que nous étions en pleine crise économique. Si cette crise revenait aujourd'hui, je pense que les gens se croiraient à la fin du monde. Dans ce temps là, les gens étaient habitués aux sacrifices, on survivait avec les moyens du bord. Certains mangeaient leur pain sec avec de l'eau ; les bons cultivateurs pouvaient mettre du beurre sur leur pain, avec le produit du lait qui donnait la crème, on pouvait faire du beurre. Parlant de cette crise, le gouvernement donnait des primes de pitons, en échange, on pouvait avoir du tissu, comme j'avais des bébés, je me souviens en avoir échangés pour de la flanelle pour faire des couches, le tissu était tellement clair que les doigts passaient au travers ; donc, pour que les couches soient résistantes, il fallait les piquer.

Certains de ces gens qui sont venus s'établir ici, y restèrent encouragés par le curé de la paroisse ; mais, d'autres n'ont pas resté longtemps et sont repartis le gros de la crise passée. Tant qu'aux récoltes, l'homme coupait le grain avec un javelier et les femmes le liaient en gerbes, c'était un dur travail, il fallait aimer à travailler, on revenait en voiture avec les gerbes à travers les souches.

La mentalité des gens : la paroisse formait une grande famille, on s'amusait beaucoup, on se voisinait, on sortait ensemble, on allait prier à la croix du chemin. Quand quelqu'un était dans le besoin, on ne se faisait pas prier pour l'aider. Nos handicapés travaillaient avec nous, selon leur capacité.

Pour terminer, mon mari a été mesureur de bois, commissaire d'école très longtemps. Moi-même, je m'impliquais dans divers mouvements : fermière, j'y ai été présidente, j'ai fait partie des Dames de Ste Anne et de l'âge d'or.

Madame Aurore, vous êtes notre doyenne ; nous vous apprécions beaucoup, votre charité surtout. Combien de pintes de lait avez-vous donné à vos bébés, comme vous dites ? Nous n'oublierons jamais vos valeurs.